Maladies et troubles rares
La Canadian Organization for Rare Disorders (CORD) définit une maladie rare comme une affection qui touche moins d’une personne sur 2 000. On a recensé jusqu’à maintenant plus de 7 000 maladies rares, qui touchent globalement une personne sur douze au Canada, soit environ 3,2 millions de personnes, dont les deux tiers sont des enfants. La fibrose kystique et la dystrophie musculaire comptent parmi les exemples les plus connus de ce type d’affections.
À l’heure actuelle, nous ne disposons de traitements approuvés que pour moins de 10 % des maladies rares. Les options sont donc limitées pour la majorité des patients aux prises avec ces maladies chroniques, qui sont souvent mortelles. Les problèmes causés par les maladies rares dépassent en ce moment la seule sphère de la santé : les diagnostics tardifs, le coût élevé des traitements et les soins spécialisés requis contribuent à alourdir considérablement le fardeau financier et émotionnel des patients, des familles et du système de santé.
Des chercheurs soutenus par le Réseau de cellules souches développent actuellement de nouvelles méthodes de diagnostic et de traitement à base de médecine régénératrice pour certaines des maladies. Leurs recherches couvrent les domaines des troubles génétiques et musculaires, des maladies de la cornée, des maladies cutanées rares et des maladies cardiaques héréditaires et sont en train de donner un nouvel espoir à de nombreux patients qui attendent depuis longtemps un accès à un traitement efficace.
Grâce à des investissements de plus de 7,6 millions de dollars au cours de la période 2016-2028, le RCS soutient des découvertes qui nous rapprochent du jour où nous disposerons de solutions régénératrices de précision pour traiter les maladies et troubles rares.
Lucie Germain, Université Laval, Québec
L’épidermolyse bulleuse dystrophique récessive (EBDR) est une maladie génétique cutanée rare, mais dévastatrice, qui touche de 300 à 500 Canadiens. Causée par un manque de collagène VII – une protéine essentielle qui agit comme une « colle » entre les couches de la peau – l’EBDR entraîne une fragilité de la peau, des plaies chroniques et, dans certains cas, un cancer de la peau agressif, qui est une cause majeure de décès. Les traitements actuels sont palliatifs et nécessitent des changements de pansements couteux et douloureux qui offrent peu de soulagement a long terme.
L’équipe de la professeure Germain dirige un essai clinique révolutionnaire de phase I/II au CHU de Québec-Université Laval. L’approche de l’équipe combine la thérapie génique et l’ingénierie tissulaire pour créer des substituts cutanés permanents à partir des propres cellules d’un patient. Ces greffes de peau cultivées en laboratoire sont génétiquement corrigées pour restaurer la production de collagène VII et sont testées comme solution durable et cicatrisante pour les plaies de l’EBDR. En cas de succès, cette thérapie pourrait améliorer considérablement la qualité de vie des patients atteints d’EBDR tout en réduisant le fardeau physique, émotionnel et financier pour les familles et le système de santé canadien.
« Pour les personnes atteintes d’EBDR, le moindre frottement peut causer des plaies cutanées douloureuses qui guérissent très difficilement. En combinant une thérapie génique avec de la peau issue de l’ingénierie tissulaire, nous espérons offrir une solution durable – une solution qui restaurera non seulement leur peau, mais aussi leur dignité et leur qualité de vie. »
Lucie Germain, Université Laval, Québec
L’épidermolyse bulleuse jonctionnelle (EBJ) est une maladie génétique rare et potentiellement mortelle qui provoque chez les nourrissons une fragilité cutanée, laquelle entraîne l’apparition de cloques douloureuses et de plaies ouvertes. Il n’existe actuellement aucun traitement curatif pour ces affections : les patients doivent porter des bandages protecteurs et l’espérance de vie de beaucoup d’entre eux est diminuée.
S’appuyant sur le succès d’un essai clinique mené relativement à une autre maladie cutanée semblable, l’équipe de la prof. Lucie Germain travaille sur une nouvelle approche révolutionnaire : cultiver en laboratoire une peau saine et personnalisée à partir des cellules mêmes des patients atteints d’EBJ, après avoir génétiquement corrigé ces cellules.
L’objectif est de greffer cette peau corrigée sur les plaies afin d’offrir aux patients un mode de guérison et un soulagement à long terme. L’équipe a déjà recruté un patient, constitué une biobanque de ses cellules et entrepris un essai pour vérifier la résistance mécanique et le fonctionnement du substitut cutané en laboratoire. Si l’essai est fructueux, cela pourrait constituer un premier pas vers un traitement durable pour les enfants atteints de cette maladie dévastatrice.
« Nous travaillons en vue d’offrir aux enfants atteints d’EBJ une peau forte et saine, ainsi que la chance de vivre plus longtemps et mieux. En combinant une thérapie génique et l’ingénierie tissulaire, nous espérons créer un traitement sûr et durable qui s’attaquera à la cause profonde de cette maladie dévastatrice, et pas seulement à ses symptômes. »
Bowen Li, Université de Toronto, Ontario
La fibrose kystique (FK) est une maladie génétique potentiellement mortelle qui touche plus de 4 500 Canadiens. Bien que certaines thérapies récentes aient amélioré le sort de nombreux patients, ceux qui sont porteurs de mutations non-sens — qui empêchent la production de protéine CFTR fonctionnelle — n’ont toujours pas accès à une solution thérapeutique efficace. Les recherches de M. Li visent à combler cette lacune au moyen d’une approche d’édition génique ciblée non virale.
Son équipe travaille à la mise au point d’une thérapie inhalable permettant d’administrer des éditeurs de gènes primaires — des outils d’édition génique de la prochaine génération — directement dans les poumons. Ces éditeurs de gènes seront encapsulés dans des nanoparticules lipidiques (LNP) spécialement conçues pour pénétrer le mucus épais des voies respiratoires et atteindre les cellules souches progénitrices basales de l’épithélium pulmonaire, qui sont essentielles à la régénération à long terme des tissus. Le pouvoir thérapeutique de cette plateforme, c’est-à-dire sa capacité à restaurer la fonction CFTR au niveau cellulaire, sera évalué à partir d’organoïdes des voies respiratoires dérivés de patients et de modèles animaux.
Ciblant avec précision les gènes des cellules souches pulmonaires, cette approche offrirait une voie possible de guérison fonctionnelle durable aux personnes atteintes de certaines formes de FK qui sont pour le moment incurables. Cette stratégie pourrait peut-être également être élargie à d’autres troubles génétiques respiratoires.
« Il n’existe actuellement pas de thérapie efficace pour les patients atteints de fibrose kystique et présentant des mutations non-sens. Notre objectif est de changer la donne en combinant l’édition génique de précision et l’administration par inhalation -– une solution régénératrice qui serait administrée directement dans les poumons. »
Dr Bernard Thébaud, Hôpital d’Ottawa et CHEO, Ontario
Un million de Canadiens, dont beaucoup sont des enfants, vivent avec des maladies génétiques rares, mais seule une mince fraction d’entre eux ont accès à des options thérapeutiques. Pour les bébés qui naissent avec une maladie pulmonaire génétique, la respiration peut représenter une question de vie ou de mort dès leur premier jour.
Le Dr Bernard Thébaud travaille développe actuellement une thérapie génique révolutionnaire qui vise à corriger la cause profonde de ces maladies. Son équipe a mis au point un nouveau système d’administration de gènes hautement ciblée, une « navette » qui transportera des gènes sains directement au cœur des cellules pulmonaires qui en ont le plus besoin. Cette approche novatrice pourrait sauver des vies et diminuer la nécessité de recourir à des traitements invasifs comme la ventilation mécanique et la greffe pulmonaire.
Avec le soutien du Réseau de cellules souches, son équipe se prépare à la première production canadienne conforme aux bonnes pratiques de fabrication (BPF) de cette thérapie génique pour les poumons, l’objectif étant d’obtenir de Santé Canada l’autorisation de lancer des essais cliniques.
En cas de réussite, cette recherche pourrait révolutionner le traitement des maladies pulmonaires génétiques telles que la fibrose kystique et servir de modèle pour le traitement d’autres maladies rares, ce qui donnerait de l’espoir à de nombreuses familles et stimulerait l’innovation, la commercialisation et la création d’emplois partout au Canada.
« Nous sommes en train de bâtir un pont entre la découverte scientifique et l’administration pulmonaire d’une thérapie génique à nos plus petits patients qui en ont le plus besoin. »
Marie-Claude Sincennes, Institut national de la recherche scientifique, Québec
La dystrophie musculaire oculopharyngée (DMOP) est une maladie héréditaire rare qui touche les muscles du visage, des paupières, de la gorge et des membres. Elle progresse lentement et peut parfois obliger les personnes atteintes à utiliser un fauteuil roulant. Bien que rare à l’échelle mondiale, la DMOP est plus fréquente au Québec, et préoccupe donc particulièrement plusieurs familles de la province.
La chercheuse Marie-Claude Sincennes cherche à comprendre comment la DMOP se développe au niveau cellulaire. Cette maladie est causée par des mutations d’un gène appelé PABPN1, lequel joue un rôle clé dans la régulation de l’expression génétique. Cependant, on ignore encore comment cette mutation perturbe le fonctionnement des muscles.
La recherche de Mme Sincennes vise à élucider le rôle que joue le gène PABPN1 dans les cellules souches et progénitrices musculaires, deux types importants de cellules qui seraient impliqués dans la progression de la DMOP. En révélant comment ces cellules sont touchées, cette recherche jettera les bases à la création de traitements qui pourraient ralentir ou stopper la progression de la maladie.
« Pour mettre au point des traitements efficaces contre la DMOP, nous devons d’abord comprendre ce qui ne fonctionne pas dans les cellules. Notre objectif est de mettre en lumière les facteurs moléculaires qui causent cette maladie et, à terme, d’apporter de l’espoir aux familles du Québec et d’ailleurs. »
Amy Wong, Hospital for Sick Children, Ontario
La fibrose kystique (FK) est une maladie génétique mortelle qui touche approximativement 4 500 personnes au Canada. Bien qu’un médicament appelé Trikafta™ ait représenté une avancée majeure pour environ 90 % des personnes atteintes de FK, les patients n’ont pas tous pu en bénéficier. Certains ne réagissent pas bien à ce médicament, et pour les 10 % des personnes qui présentent des variants rares du gène responsable de la FK, il ne constitue pas une solution viable. De plus, ce médicament doit être pris tous les jours, coûte plus de 300 000 dollars par an et ses effets à long terme sont encore incertains.
La chercheuse Amy Wong et son équipe travaillent sur une différente approche, une thérapie génique possiblement à administration unique qui permettrait de corriger la cause sous-jacente de la FK dans les poumons.
Ils utilisent de minuscules véhicules appelés nanoparticules lipidiques (NPL) pour transporter un nouvel outil d’édition génétique, appelé Dualase, dans les poumons. Ils sont en train de tester cette thérapie sur des cellules des voies respiratoires cultivées à partir de cellules souches et sur des modèles murins porteurs de gènes humains de la FK. L’objectif principal est de guérir la FK, mais cette technologie pourrait également aider à traiter d’autres maladies pulmonaires, telles que le cancer du poumon, les carences en surfactants et la dyskinésie ciliaire primitive.
« Notre espoir à terme est de pouvoir offrir un traitement génique définitif capable de restaurer la fonction pulmonaire chez toutes les personnes atteintes de fibrose kystique, quelle que soit leur mutation génétique propre. »
Dr Massimiliano Paganelli, Centre hospitalier universitaire Sainte-Justine, Québec
Les enfants qui naissent avec un trouble du cycle de l’urée (TCU) ne peuvent pas éliminer suffisamment de leur sang l’ammoniac, une substance toxique qui, si elle s’accumule, peut rapidement entraîner des dommages cérébraux ou la mort.
Bien que la greffe hépatique ou d’éventuelles thérapies géniques puissent permettre une guérison à long terme, ces traitements arrivent souvent trop tard, soit après que l’enfant a déjà subi des dommages permanents. C’est pourquoi cette population a urgemment besoin d’un traitement rapide et efficace pour cette affection.
Le Dr Massimiliano Paganelli et son équipe s’efforcent de combler cette lacune en réutilisant un produit de médecine régénératrice innovant appelé « tissu hépatique encapsulé » (ELT, pour « encapsulated liver tissue »), à base de cellules souches, qui imite la fonction du foie et réduit rapidement les niveaux d’ammoniac à un niveau approprié. Contrairement aux greffes, l’ELT ne nécessite pas la prise de médicaments immunosuppresseurs. Cette thérapie a déjà donné de bons résultats dans le traitement de l’insuffisance hépatique dans des modèles précliniques et fera l’objet d’essais cliniques en 2026.
Dans le cadre de ce projet, le Dr Paganelli vérifiera si l’ELT peut réduire de manière sûre le taux d’ammoniac chez les enfants atteints d’un TCU, tant en laboratoire que sur des modèles animaux. En cas de succès, ce produit pourrait servir de radeau de sauvetage aux patients qui attendent un traitement plus permanent, offrant ainsi une chance de survie à de nombreux bébés et jeunes enfants vulnérables.
« Notre objectif est de protéger le cerveau des enfants atteints d’un TCU jusqu’à ce qu’un traitement puisse leur être administré en toute sûreté. »
Natasha Chang, Université McGill, Québec
La dystrophie musculaire de Duchenne (DMD) est une maladie musculaire pédiatrique rare, mais dévastatrice, qui touche 1 garçon sur 5 000 au Canada. Bien que des progrès thérapeutiques aient permis à ces garçons d’espérer atteindre le début de l’âge adulte, la DMD reste aujourd’hui une maladie évolutive et mortelle, sans traitement efficace.
On considérait auparavant que la DMD se résumait à un trouble de dégradation des fibres musculaires, mais des études récentes ont révélé que les cellules souches mêmes des muscles sont également altérées. Ces cellules, essentielles à la réparation musculaire, ne fonctionnent pas correctement chez les personnes atteintes de DMD, ce qui contribue à aggraver leur faiblesse musculaire au fil du temps.
Les recherches de Natasha Chang visent à restaurer le potentiel régénérateur des cellules souches musculaires en ciblant une voie moléculaire perturbée, appelée JAK/STAT. En réactivant la capacité de ces cellules à réparer les tissus endommagés, son équipe espère créer une nouvelle avenue thérapeutique qui compléterait les approches actuelles et redonnerait aux patients atteints de DMD la possibilité de développer des muscles plus forts et plus sains.
« Nous avons découvert que le dysfonctionnement des cellules souches joue un rôle clé dans la progression de la dystrophie musculaire de Duchenne. En ciblant la cause profonde de ce dysfonctionnement, nous espérons stimuler la capacité du corps à réparer les muscles, offrant ainsi un avenir meilleur aux patients. »
Dr Elie Haddad, Centre hospitalier universitaire Sainte-Justine, Québec
La lymphohistiocytose hémophagocytaire (LHH) est une maladie rare et potentiellement mortelle qui touche principalement les enfants porteurs d’un certain gène mutant. Cette maladie provoque une réaction excessive du système immunitaire aux infections, entraînant une inflammation dangereuse et des défaillances organiques. Le principal traitement offert, la greffe de cellules souches provenant d’un donneur, comporte des risques graves en raison même de cette réponse hyperinflammatoire.
Le Dr Elie Haddad travaille à la mise au point d’une nouvelle approche : une thérapie génique qui modifie les cellules de la moelle osseuse du patient afin de corriger le défaut génétique qui sous-tend la maladie. Comme le gène défectueux, la perforine, ne doit être actif que dans certaines cellules immunitaires (les lymphocytes T et les cellules tueuses naturelles, ou CTN), son équipe a créé un « promoteur spécifique » qui induit précisément son expression dans les lymphocytes T et les CTN, mais non dans les autres cellules sanguines.
Cette thérapie sera testée sur des modèles de laboratoire et des cellules de patients afin de vérifier si elle empêche l’inflammation nocive de survenir et si elle favorise le rétablissement de la fonction immunitaire. Si cette recherche est fructueuse, elle pourrait aboutir à un traitement plus sûr et plus efficace pour les enfants atteints de la LHH, et pourrait également être bénéfique dans le cas d’autres maladies immunitaires.
« Notre objectif est de développer une thérapie génique qui corrigerait précisément le défaut immunitaire à l’origine de la LHH, offrant ainsi aux enfants une option de traitement plus sûre et la possibilité de mener une vie plus saine. »
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