Maladies oculaires
La perte de vision touche des millions de personnes dans le monde, dont environ une personne sur cinq de plus de 20 ans au Canada. Les origines les plus courantes de la perte de vision sont la cataracte, le glaucome, la dégénérescence maculaire, la rétinopathie diabétique et les maladies de la cornée. Il existe peu d’options de traitement pour de nombreuses formes de cécité, en particulier celles causées par une lésion ou la dégénérescence de la cornée, et ces options reposent souvent sur l’accès à des tissus de donneurs, qui est limité.
Des chercheurs canadiens travaillent actuellement à la mise au point d’approches de médecine régénératrice qui pourraient changer cette réalité. En utilisant des cellules souches et des biomatériaux pour réparer ou régénérer les tissus oculaires endommagés, les scientifiques sont en train de développer de nouveaux procédés qui permettraient de redonner la vue aux patients sans recourir à des greffes de tissus de donneurs. Qu’il s’agisse des cellules cornéennes cultivées en laboratoire pour remplacer les cellules détruites par une maladie ou des hydrogels injectables qui stimulent la guérison naturelle, ces innovations sont en train d’ouvrir la voie à des thérapies plus sûres, plus accessibles et moins invasives.
Grâce à ses investissements dans la recherche sur les maladies oculaires — plus de 2,7 millions de dollars de 2016 à 2028 — le Réseau de cellules souches soutient des avancées qui pourraient aider de nombreuses personnes au Canada et dans le monde entier à recouvrer la vue et ainsi contribuer à transformer l’avenir de la restauration de la vision.
Dr Stephan Ong Tone, Sunnybrook Research Institute, Ontario
La cornée, la partie transparente à l’avant de l’œil, est essentielle à la vision. Lorsqu’elle est endommagée ou malade, on peut ressentir des douleurs oculaires, avoir une vision floue, voire perdre la vue. L’une des causes les plus courantes de ce type de dégradation est la dystrophie cornéenne endothéliale de Fuchs (DCEF), une maladie qui affecte la couche interne de la cornée et qui est la principale cause des greffes de cornée dans le monde.
Une greffe de cornée peut certes aider, mais l’accès à cette intervention reste limité : plus de la moitié des personnes dans le monde ne bénéficient pas d’un accès fiable à des cornées de donneurs. Il est donc essentiel de mieux comprendre la DCEF et de mettre au point de nouveaux traitements qui ne reposent pas sur la chirurgie.
Le Dr Stephan Ong Tone, clinicien-chercheur et chirurgien de la cornée, est particulièrement bien placé pour combler cette lacune. Ses recherches visent à découvrir comment survient la DCEF, en étudiant les cellules cornéennes touchées et en testant des thérapies qui visent à protéger et à régénérer la cornée. Son équipe a déjà identifié des produits thérapeutiques qui réduisent la dégradation cellulaire et favorisent la guérison, lesquels constitueraient donc une bonne solution de rechange à la greffe.
Si tout va bien, ces travaux pourraient déboucher sur de nouveaux traitements non chirurgicaux qui permettront de restaurer la vue des personnes atteintes d’une maladie de la cornée, tant au Canada que dans le reste du monde.
« Nous travaillons à redonner la vue aux gens en protégeant la capacité naturelle de guérison de l’œil, ce qui réduirait la nécessité de recourir à une greffe. »
May Griffith, CIUSSS de l’Est-de-l’Île-de-Montréal, Québec
La cécité cornéenne touche des millions de personnes dans le monde, mais les tissus nécessaires pour effectuer des greffes de cornée sont rares. L’équipe de May Griffith a démontré que des hydrogels de collagène fabriqués en laboratoire peuvent stimuler de l’intérieur la régénération de la cornée. Bien qu’efficaces, les implants solides doivent être greffés en salle d’opération, par des chirurgiens spécialisés.
Mme Griffith et son équipe travaillent à la mise au point d’une solution de rechange révolutionnaire : un hydrogel entièrement synthétique et injectable appelé LiQD Cornea, qui peut être administré en mode ambulatoire, même dans des milieux où les ressources sont limitées. Cette thérapie innovante stimule la guérison et la régénération de la cornée, offrant ainsi un espoir nouveau aux patients qui, sans elle, ne seraient pas traités.
Contrairement aux implants solides traditionnels, le gel LiQD Cornea permet de combler les plaies, les ulcères ou les perforations avant que les lésions ne s’aggravent au point de nécessiter une greffe. Les résultats prometteurs d’une étude menée sur des animaux de grande taille montrent que cette thérapie favorise la guérison, mais l’équipe de Mme Griffith a déterminé qu’elle doit être administrée avec précision et que le contrôle de l’inflammation est essentiel à sa réussite. Pour pallier cette difficulté, l’équipe est en train de mettre au point un nouveau stylo laser (Laser-BioPen) et une bio-encre contenant des cellules souches ou leurs exosomes, lesquels soutiendraient la régénération de l’œil et diminueraient les complications.
Au terme de ce projet, l’équipe espère pouvoir proposer une thérapie minimalement invasive capable de restaurer le tissu et les nerfs de la cornée, même dans les yeux très enflammés. Si elle est couronnée de succès, cette approche pourrait transformer le traitement de la cécité cornéenne et même être adaptée à d’autres tissus et organes.
« Nous cherchons à créer un traitement simple et accessible qui aidera de nombreuses personnes dans le monde à retrouver la vue, sans passer par une greffe. »
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