Zoom sur la recherche
Actualités du Réseau
Février 2025
Les traitements médicaux personnalisés, par exemple les thérapies à base de cellules CAR-T (pour Chimeric Antigen Receptor-T cell [lymphocyte T porteur de récepteurs antigéniques chimériques]), constituent un bon en avant majeur sur le plan de l’innovation scientifique qui semblait antérieurement presque hors de portée.
Cette thérapie a révolutionné le traitement du cancer et redonné de l’espoir à des patients qui n’en avaient plus. La technique consiste à modifier génétiquement des lymphocytes T d’un patient afin qu’elles ciblent spécifiquement ses cellules cancéreuses. Cependant, tout bon en avant sur le plan de l’innovation s’accompagne initialement de problèmes inévitables – certains nouveaux et d’autres moins, qui ont été quelque peu occultés ou résolus, mais qui devront être réévalués dans le cas des thérapies cellulaires CAR-T. Ces problèmes initiaux devront être pris en compte à mesure que le recours à ces thérapies prendra de l’ampleur.
Au Canada, six thérapies CAR-T ont été approuvées. Elles sont utilisées pour traiter la leucémie et le lymphome de type b, la leucémie à cellules du manteau et le myélome multiple¹. Elles sont aussi généralement considérées comme des traitements de dernier recours, c’est-à-dire des traitements qui ne sont utilisés qu’après que d’autres moins coûteux ont été tentés sans succès². Six thérapies approuvées qui ne sont accessibles qu’à un petit nombre de patients peut paraître relativement peu, mais ce nombre est appelé à croître de manière exponentielle dans les prochaines années.
À l’heure actuelle, 1 652 essais cliniques à base de cellules CAR-T sont référencés sur www.clinicaltrials.gov. Bien qu’il soit facile de se perdre dans les promesses offertes par les thérapies cellulaires CAR-T, les cliniciens et les chercheurs devront prendre du recul et examiner les ramifications éthiques de ces thérapies. Tout traitement médical de précision soulève des préoccupations quant à la manière dont les catégories raciales, les barrières géographiques, les différences génétiques et autres dimensions de ce type peuvent se combiner et engendrer des différences substantielles dans les résultats médicaux et la disponibilité de la technologie. Le présent billet de blogue met en lumière les disparités raciales associées aux thérapies CAR-T, notamment sur les plans du recrutement pour les essais cliniques, de la probabilité de solliciter une telle thérapie à cause de barrières systémiques, et des effets indésirables des traitements. Il sera important de garder à l’esprit ces enjeux alors que la recherche se poursuivra dans ce domaine et que des efforts seront faits pour élargir la portée des thérapies CAR-T.
Pour qu’un médicament soit approuvé, des essais cliniques doivent être réalisés. Les problèmes liés au recrutement des participants aux essais cliniques ne sont pas nouveaux, mais ils ont particulièrement fait l’objet de critiques dans le cas des essais des thérapies CAR-T. Dans l’ensemble, on a constaté un manque de visibilité, de représentation et de diversité. Un examen des patients recrutés pour des essais de thérapies CAR-T en 2022 a révélé des statistiques troublantes : 71,2 % des patients participant à ces essais étaient blancs, 5,6 % seulement étaient des Afro-Américains, 5,3 % étaient des Hispaniques non blancs et 3,7 % étaient des Asiatiques³. Ces chiffres sont très éloignés du profil démographique de la société. Les thérapies CAR-T étant des traitements individualisés, il faudra en faire davantage pour comprendre comment ces traitements affectent les patients issus des minorités. Cette question est d’autant plus urgente que des recherches indiquent que certains groupes de patients sont plus susceptibles que d’autres de subir des effets indésirables graves lorsqu’ils reçoivent un traitement CAR-T. Un excellent exemple en est l’incidence plus élevée du syndrome de libération de cytokines (SLC) chez les patients hispaniques. L’étude qui a révélé pour la première fois cet état de fait a démontré que les patients hispaniques avaient trois fois plus de chances de présenter un SLC de grade 3 ou plus que les patients blancs⁴
Lorsque le SLC est sévère, il nécessite souvent le traitement du patient dans une unité offrant tous les services de soins intensifs. Cela limite d’autant plus la disponibilité des thérapies CAR-T pour les patients qui ne vivent pas en région urbaine⁵. Au Québec, les seuls centres de traitement CAR-T sont situés à Montréal et à Québec, et en Ontario, on n’en retrouve qu’à Toronto et à Ottawa.⁶ D’autres facteurs empêchent également que des patients aient recours aux thérapies CAR-T, tels que la non-orientation ou l’orientation trop tardive des patients par leur médecin traitant, leur hésitation (facteur observé également pendant la pandémie de COVID-19), une mauvaise compréhension de la thérapie, l’absence de soutien de la part des soignants, etc. Même dans le contexte canadien, où les thérapies CAR-T sont couvertes en tant que thérapies de dernier recours, il a été démontré que les personnes ou les familles dont les revenus sont inférieurs à 40 000 dollars ne sollicitent presque jamais ce traitement⁶.
Cette analyse succincte des effets et de la disponibilité des thérapies CAR-T en fonction de la race n’a pas pour but de déprimer le lecteur, mais plutôt de lancer un appel à l’action aux éthiciens, aux décideurs politiques, aux chercheurs, aux cliniciens et autres intervenants. Pendant que les chercheurs continueront de développer les thérapies CAR-T, le recrutement pour les essais cliniques et les questions d’accès et de diversité devront rester au premier plan des considérations. Cela signifie qu’il faudra déployer des efforts de recrutement plus importants, ne pas oublier de prendre en compte l’accessibilité linguistique dans la conception des essais cliniques, soutenir les associations de patients dans les discussions avec les décideurs et les responsables gouvernementaux concernant l’accès à ces thérapies, et plus encore. Il sera également important de garder à l’esprit que l’hésitation par rapport aux soins de santé affecte le recrutement des patients pour tous les essais cliniques, et pas seulement pour les essais de thérapies CAR-T. Après tout, plus les essais seront diversifiés, plus il sera possible de recueillir les données nécessaires pour garantir aux patients que les cliniciens savent comment ces thérapies fonctionnent chez tous les patients.
Les thérapies à base de cellules CAR-T ont révolutionné le traitement du cancer, mais leur potentiel ne s’arrête pas là. Grâce aux recherches en cours et aux progrès de la médecine régénératrice, cette approche révolutionnaire est sur le point de pouvoir être appliquée à un plus large éventail de maladies. Elle constitue désormais une solution prometteuse pour lutter contre les affections complexes qui nécessitent la réparation et la régénération des tissus. Toutefois, à mesure que l’application des thérapies CAR-T s’étendra, il sera essentiel d’examiner attentivement les questions éthiques soulevées par leur utilisation.
¹ Les 6 médicaments approuvés sont : tisagenlecleucel (Kymriah), axicabtagene ciiloleucel (Yescarta), lisocabtagene maraleucel (Breyanzi), brexucabtagene autoleucel (Tecartus), idecabtagene vicleucel (Abecma), ciltcabtagene autoleucel (Carvykti).
² Voir, par exemple, la discussion sur les thérapies CAR-T en tant que « thérapie de troisième ligne étalon » pour le lymphome diffus à grandes cellules B dans « Wang JY, Wang L. CAR-T cell therapy : Where are we now, and where are we heading? », Blood Sci.; 2 novembre 2023; 5(4):237-248; doi: 10.1097/BS9.0000000000000173.
³ Ahmed N, et al. « Socioeconomic and Racial Disparity in Chimeric Antigen Receptor T Cell Therapy Access », Transplant Cell Ther., juillet 2022; 28(7):358-364; doi: 10.1016/j.jtct.2022.04.008.
⁴ Faruqi AJ, et al. « The impact of race, ethnicity, and obesity on CAR T-cell therapy outcomes », Blood Adv.; 13 décembre 2022; 6(23):6040-6050; doi:10.1182/bloodadvances.
⁵ Le Cacheux C, et al. « Features and outcomes of patients admitted to the ICU for chimeric antigen receptor T cell-related toxicity: a French multicentre cohort », Ann Intensive Care; 31 janvier 2024; 14 (1):20; doi: 10.1186/s13613-024-01247-9.
⁶ Ahmed N, et al. « Is chimeric antigen receptor T cell (CART) a destination procedure? Lower socioeconomic class who live farther from center have less access to CART », J Clin Oncol.; 2021; 39 (15_suppl): e18562; doi: 10.1200/JCO.2021.39.15_suppl.e1856.
350, rue Albert,
Bureau 325
Ottawa (Ontario)
K1R 1A4
info@stemcellnetwork.ca
Recevez directement dans votre boîte de réception les nouvelles les plus récentes sur les programmes de financement et les possibilités de formation du RCS, et sur ce qui se passe dans le secteur des cellules souches.
Newsletter sign-up form