Blogue Actualités du Réseau
Actualités du Réseau
Mai 2025
Dans notre blogue des Actualités du Réseau de ce mois-ci, Jon Draper, du RCS, s’entretient avec les coauteures Ivana Barbaric et Nika Shakiba de leur article récemment publié dans Cell Stem Cell. Ensemble, elles discutent des principaux résultats de leurs recherches et de leurs implications plus larges pour la science des cellules souches, et partagent leur enthousiasme quant à l’influence que leurs travaux pourraient avoir sur l’avenir du domaine.
Introduction : faire progresser les thérapies à base de cellules souches tout en gardant à
l’œil l’aspect sûreté
Les thérapies à base de cellules souches, en particulier celles qui s’appuient sur les cellules souches pluripotentes humaines (CSPh), constituent l’un des domaines d’innovation les plus passionnants de la médecine moderne. Ces cellules peuvent se transformer en n’importe quel type de cellule du corps, ce qui les rend idéales pour régénérer les tissus endommagés, restaurer des fonctions perdues et potentiellement guérir des maladies chroniques ou mortelles.
Mais il y a peut-être un hic. Lorsque ces cellules puissantes sont cultivées et préparées en laboratoire, elles peuvent subir des mutations génétiques. La plupart de ces mutations sont inoffensives. Mais les autres? Des chercheurs travaillent actuellement d’arrache-pied pour déterminer si elles peuvent augmenter le risque de formation de tumeurs ou affecter l’efficacité des traitements proposés.
En mai 2024, un important atelier organisé au Royaume-Uni a réuni des experts en biologie des cellules souches, en recherche sur le cancer, en génétique et en bio-ingénierie, des représentants de l’industrie, des bailleurs de fonds de recherche et des scientifiques spécialisés en réglementation afin justement d’aborder cette question :
Comment rendre les thérapies à base de cellules souches plus sûres pour les patients?
Il s’en est dégagée une feuille de route détaillée, publiée sous forme d’article dans la revue Cell Stem Cell en avril 2025, qui appelle à la mise en place de nouvelles méthodes de détection, d’évaluation et de gestion des variants génétiques dans les CSPh qui peuvent poser des risques. Les auteurs ont présenté des stratégies pratiques, allant de l’amélioration des outils de dépistage à des protocoles de biofabrication plus intelligents, en passant par des systèmes génétiques « à sécurité intégrée » qui permettraient d’empêcher les cellules de causer des problèmes.
Atelier sur la stabilité génétique de la Plateforme britannique sur la médecine régénératrice (UKRMP)
Pourquoi les variants génétiques dans les cellules souches sont-ils si importants? Les mutations ne font-elles pas partie du processus biologique normal? (Ivana B.)
En effet, des mutations se produisent tout le temps dans nos cellules. Bien que la plupart d’entre elles n’aient pas d’incidences importantes, certaines, comme celles qui interviennent dans le cancer, peuvent entraîner une division et une croissance incontrôlables de nos cellules. Par conséquent, il est essentiel de comprendre les risques associés à ces mutations afin de protéger adéquatement les patients.
S’agit-il seulement d’une préoccupation théorique? Des problèmes concrets sont-ils déjà survenus? (Nika S.)
Les résultats cliniques à ce jour sont très positifs : sur plus de 1 200 patients ayant reçu des thérapies à base de CSPh, un seul cas de formation de tumeur a été confirmé. Toutefois, nous devons rester prudents dans l’interprétation de ces résultats. La demande clinique pour ces thérapies est appelée à augmenter et nous devrons donc produire des lots de cellules de plus en plus nombreux et de meilleure qualité. Cela s’accompagnera d’un risque accru de voir apparaître des variants génétiques. Il est donc important de prendre les devants et d’anticiper les difficultés qui peuvent surgir.
Que proposez-vous pour rendre ces thérapies plus sûres? (Ivana B.)
Pour rendre ces thérapies plus sûres, nous nous penchons en ce moment sur plusieurs aspects clés. Tout d’abord, nous proposons la création d’une base de données centralisée permettant aux chercheurs de mettre en commun et de suivre les informations sur les mutations qu’ils découvrent dans les lots de cellules souches utilisées en recherche. De cette manière, nous pourrons tous apprendre des découvertes des autres et identifier plus rapidement les risques qui se posent. Deuxièmement, nous devons développer des outils plus performants pour déterminer si une mutation peut altérer la sûreté ou la fonction des cellules, puisque nos prédictions actuelles sont basées sur des informations incomplètes. Troisièmement, nous pensons que la manière dont nous cultivons les cellules souches en laboratoire pourrait être améliorée afin de réduire le nombre de mutations. Enfin, au-delà de la prévention des mutations, nous étudions également la possibilité d’intégrer des mécanismes de sûreté dans les cellules elles-mêmes, une sorte de « coupe-circuit » qui permettrait d’éliminer si nécessaire les cellules qui posent un risque.
Où en sommes-nous actuellement dans la mise en œuvre de ces solutions? (Nika S.)
Une forte dynamique s’est déjà installée au regard de la mise en œuvre de telles solutions. Nous avons déjà constaté des progrès encourageants dans les modèles d’IA qui peut être utilisés pour prédire l’effet des mutations nocives. De plus, plusieurs laboratoires dans le monde ont mis au point des protocoles pour la fabrication en laboratoire d’organoïdes qui imitent les tissus de notre corps. Nous pourrons utiliser ces puissants outils pour prédire l’impact que peuvent avoir les mutations sur la sûreté dans l’organisme des thérapies cellulaires à base de CSPh. Nous cherchons également à mettre en œuvre des technologies de sûreté, telles que des dispositifs d’autosuppression d’urgence que nous pourrons intégrer dans les thérapies cellulaires afin de pouvoir les désactiver au besoin. Toutes ces technologies vont nous donner une longueur d’avance sur les risques posés par les mutations associées aux thérapies cellulaires à base de CSPh, mais nous devons également poursuivre nos efforts pour mettre en place des systèmes mondiaux d’échange de données et de normalisation des essais, qui n’en sont aujourd’hui qu’à un stade initial de développement. Pour mettre pleinement en œuvre toutes ces solutions, nous aurons besoin de la collaboration des scientifiques, des autorités de réglementation et des partenaires industriels.
Les patients doivent-ils s’inquiéter? Ou se réjouir? (Ivana B. et Nika S.)
Se réjouir, assurément! Les thérapies cellulaires transforment déjà en ce moment des vies et les risques sont très faibles lorsque ces thérapies sont réalisées avec soin et dans le respect de la réglementation en vigueur. Nous travaillons en vue de garantir la sûreté à long terme de ces technologies extraordinaires pour que nous puissions leur faire pleinement confiance. Nous espérons que cet appel à l’action mobilisera des experts interdisciplinaires qui s’emploieront dès maintenant à instaurer des protocoles sécurisés et robustes pour la prestation des thérapies cellulaires à base de CSPh, afin que ces dernières puissent progresser rapidement, mais sûrement, des essais cliniques jusqu’à nos systèmes de santé.
Conclusion
Les thérapies cellulaires qui prennent comme point de départ les cellules souches pluripotentes humaines sont susceptibles de changer la façon dont nous traitons les maladies. Grâce aux efforts mondiaux tels que ceux menés par Ivana Barbaric et ses collègues, le domaine est en train d’évoluer vers un avenir où nous aurons réduit au minimum les risques des thérapies à base de CSPh et où celles-ci nous permettront de contrer de manière plus sûre et plus efficace certaines maladies potentiellement mortelles.
Si vous menez des recherches sur les CSPh ou travaillez à la mise au point de thérapies à base de cellules souches, je vous encourage à lire la feuille de route publiée dans Cell Stem Cell et à réfléchir à la possibilité d’appliquer les recommandations qui y sont formulées au sein de votre propre laboratoire, de votre établissement ou dans le cadre de vos projets d’application clinique. Améliorer la sûreté des traitements n’est pas seulement un impératif scientifique, c’est une responsabilité commune sur laquelle s’appuie l’avenir de la médecine régénératrice.
350, rue Albert,
Bureau 325
Ottawa (Ontario)
K1R 1A4
info@stemcellnetwork.ca
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