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CARNAVAL DE BLOGUES : Quels possibilités et défis entrevoyez-vous pour le milieu de la médecine régénératrice maintenant que le monde commence à se remettre de la COVID-19?

La pandémie mondiale du coronavirus a chamboulé notre économie, mis en péril notre santé et bouleversé notre vie quotidienne. Elle a imposé un énorme stress aux familles et aux entreprises. Nos systèmes et travailleurs de première ligne du secteur de la santé ont été exposés à des risques et les gouvernements s’affairent à fournir l’aide requise pour maintenir notre pays à flot. Malgré tout, il n’est pas impossible de trouver à cette situation certains éléments positifs – dont plusieurs dans le monde scientifique.

Au cours des derniers mois, nous avons été témoins des remarquables efforts déployés par les chercheurs du monde entier dans le domaine de la santé, lesquels ont collaboré entre eux et échangé leurs nouvelles connaissances sur le coronavirus. Ce sont deux équipes scientifiques canadiennes qui ont isolé le coronavirus qui cause la COVID-19. Grâce à cette découverte, les autres chercheurs qui étudient le virus ont maintenant les outils nécessaires pour entreprendre leurs recherches capitales sans devoir expédier le virus vivant outre-frontière. Les chercheurs canadiens ont démontré depuis longtemps qu’ils sont alertes et qu’ils peuvent agir rapidement lorsqu’une crise sanitaire survient.

Cela est également vrai pour la communauté canadienne de la recherche sur les cellules souches. Lors de l’éclosion du coronavirus, le milieu de la recherche sur les cellules souches s’est rapidement mobilisé, concentrant ses efforts dans l’Initiative d’intervention rapide contre la COVID-19 du Réseau de cellules souches (RCS). Le RCS a lancé un processus accéléré d’appel de propositions de recherche, évaluant 22 demandes innovantes provenant de tous les coins du pays et menant à terme un concours des plus exhaustifs en seulement quelques semaines. Conséquemment, le RCS a réussi à réaffecter 675 000 $ au financement d’un essai clinique et de deux projets basés sur les cellules souches liés à la COVID-19. À cet investissement s’est ajoutée une somme de 2,2 M$ en fonds de contrepartie, ce qui a porté le montant total de l’investissement à plus de 2,8 M$.

Les projets soutenus sont de la plus haute qualité scientifique et s’attaquent directement à certains défis posés par ce virus :

  • L’essai clinique dirigé par Duncan Stewart, de l’Institut de recherche de l’Hôpital d’Ottawa, est mené par une équipe d’experts de plusieurs disciplines qui vérifieront la dose optimale et la sûreté d’un traitement à base de cellules mésenchymateuses (une large catégorie de cellules dont la capacité à améliorer la réponse immunitaire et à calmer l’inflammation a été démontrée) pour atténuer les conséquences de la détresse respiratoire aiguë associée à la COVID-19. Jusqu’à 27 patients d’Ottawa et de Toronto devraient être recrutés pour cet essai clinique qui se déroulera en trois étapes.

  • L’équipe dirigée par William (Bill) Stanford de l’Institut de recherche de l’Hôpital d’Ottawa, et par Amy Wong, du Hospital for Sick Children utilisera des modèles de tissus humains pour examiner comment les cellules qui tapissent les poumons et les voies respiratoires deviennent infectées par le virus SRAS-CoV-2 et comment le comportement de ces cellules change après qu’elles sont infectées. L’équipe utilisera aussi ces cellules respiratoires pour évaluer la capacité d’une série de médicaments à diminuer la gravité de la maladie.

  • En réponse au fait que de nombreux patients atteints de la COVID-19 font état de symptômes sensoriels, tels que la perte de l’odorat et du goût, des troubles de la vision et des maux de tête, les chercheurs Julien Muffat et Yun Li du Hospital for Sick Children ont entrepris de déterminer quels types de cellules cérébrales humaines peuvent être infectées par le virus du Sras-CoV-2, comment ces cellules réagissent une fois infectées et, ensuite, quels gènes contrôlent l’infection et la réponse des cellules cérébrales.

La crise de la COVID-19 pourrait être perçue comme une opportunité, puisqu’elle a poussé notre communauté à se montrer alerte et à appliquer des solutions nouvelles à un défi planétaire. Le degré d’ingéniosité démontré et la rapidité avec laquelle la collaboration s’est établie entre les différents partenaires attestent de la vigueur de la communauté de la recherche sur les cellules souches et de l’applicabilité concrète de la médecine régénératrice. Par contre, les conséquences de la pandémie ne sont pas toutes positives.

Une des menaces qui continuent de planer découle du marketing répréhensible effectué pour mousser des thérapies à base de cellules souches non éprouvées pour le traitement de la COVID-19 et d’autres affections chroniques. Non seulement ces activités posent-elles un risque pour la santé des gens, mais elles minent également la confiance que suscite la médecine régénératrice actuelle et ses possibilités futures. Étouffer dans l’œuf ces remèdes soi-disant miracles avant qu’ils ne gagnent en popularité devrait être une responsabilité fondamentale partagée par notre entière communauté – et nous devons utiliser notre expertise pour transmettre le savoir, préserver la crédibilité de notre science et éviter les déceptions inutiles.

Malheureusement, la pandémie n’a pas seulement endommagé notre santé, et nous serions d’avis que la plus grande menace qui pèse actuellement serait plutôt d’ordre économique. Lorsque la crise s’est déclarée, les laboratoires ont fermé et le personnel de laboratoire a dû prendre le temps de trouver des façons de travailler depuis la maison, ce qui a mis un frein à la recherche. Maintenant que les milieux de travail commencent à se rouvrir en instaurant de nouveaux protocoles, les gouvernements s’appliquent à dresser les plans d’une reprise économique. Il est d’une importance capitale que l’investissement dans la recherche fasse partie de ces plans. Sans financement à long terme stable, l’élan que nous avions sera perdu et le solide fondement d’excellence de la recherche canadienne sera compromis. Les décisions budgétaires et d’investissement qui seront prises au cours la prochaine année façonneront de manière déterminante notre économie pour des décennies à venir. Défendre l’utilité d’un investissement robuste et stable dans la recherche et l’innovation sera crucial pour la préservation de notre secteur qui, nous en sommes persuadés, peut apporter des contributions importantes à l’économie et à la société canadiennes.

Ce blogue n’est qu’un des nombreux textes abordant ce sujet dans le cadre du cinquième carnaval annuel de blogues de Signals. LISEZ ce que d’autres membres de la communauté ont à dire.

– Le Réseau de cellules souches