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La médecine régénératrice — Y sommes-nous déjà?

Par Jen Kwiatkowski et Lisa Willemse

Voilà plus d’un demi-siècle, deux chercheurs canadiens, James Till et Ernest McCulloch, prouvaient l’existence des cellules souches. Dans leur sillage, des chercheurs ont repris cette découverte et commencé à dégager une multitude de possibilités.

Aujourd’hui, nous avons un vigoureux écosystème de mise en valeur de cellules souches et de médecine régénératrice. Nous pouvons maintenant cultiver, manipuler et modifier les cellules souches grâce à des technologies de pointe. Depuis plus de 17 ans, le Réseau de cellules souches cherche à faire croître le secteur en soutenant activement la filière de recherche du laboratoire au chevet des patients, en mettant sur le marché de nouveaux produits commerciaux et en offrant un cadre pour les politiques publiques qui reflète les besoins de la société et les avancées rapides de la recherche. Le RCS a soutenu plus de 2 500 stagiaires, a investi 100 millions de dollars dans la recherche, la formation et la sensibilisation et a attiré des partenariats d’une valeur de 100 millions de dollars.

Aujourd’hui, nous sommes plus près du but consistant à améliorer le bien-être des millions de personnes atteintes de maladies, de blessures ou de maladies chroniques. Les Drs James Shapiro de l’Université de l’Alberta et Timothy Kieffer de l’Université de la Colombie-Britannique dirigent des essais cliniques à la fine pointe dans l’espoir de traiter le diabète de type 1 en fabriquant en toute sécurité des cellules de remplacement pour produire de l’insuline. La Dre Freda Miller de l’Hôpital pour enfants malades de Toronto a trouvé une façon de réparer le cerveau qui, espère-t-elle, rétablira certaines des fonctions perdues après une blessure ou en tant qu’effet secondaire du traitement du cancer, et la Dre Lucie Germain de l’Université Laval a mis au point des méthodes pour reconstruire des tissus cutanés et oculaires qui sont actuellement mis à l’essai comme remplacements pour les personnes atteintes d’une perte de vision, de brûlures ou d’autres blessures à la peau.

Ces essais cliniques et d’autres réalisés au Canada démontrent clairement que le domaine a réussi à rapprocher la science fondamentale de la clinique. Les éthiciens, juristes et experts en politiques canadiens ont fait de grands progrès pour s’assurer que les cadres législatifs suivent l’évolution scientifique. Beaucoup de progrès a aussi été fait en renforçant les capacités manufacturières et commerciales afin de répondre aux demandes futures de produits cellulaires. Cela signifie-t-il que la médecine régénératrice est arrivée à maturité?

La réponse simple est non. Nous avons fait beaucoup de progrès, mais il reste encore davantage de questions auxquelles répondre et de problèmes à résoudre.

Sur le plan scientifique, nous commençons tout juste à comprendre les processus complexes qui se déroulent à l’intérieur des cellules et entre elles, qui peuvent avoir un effet énorme sur la façon dont se comporte une cellule souche et comment elle peut être manipulée en toute sécurité pour un usage clinique. Nous ne faisons vraiment que commencer à gratter la surface de ce que permettent la thérapie cellulaire et la manipulation des gènes, par exemple.

En même temps, nous devons répondre aux questions éthiques et sociales découlant des nouvelles découvertes et technologies pour faire en sorte qu’elles s’intègrent dans une politique fondée sur les preuves. Il y a encore du travail à faire pour sensibiliser le public afin de mieux faire comprendre la science et contrer la prévalence des traitements non éprouvés qui sont de plus en plus accessibles au Canada et à l’étranger. Une lacune critique demeure là où le financement de la recherche se termine généralement et où commence l’investissement privé : à l’heure actuelle, des organisations comme le Réseau de cellules souches et l’Institut ontarien de médecine régénératrice interviennent pour financer les premiers stades des essais cliniques, mais il en faut plus pour créer un environnement propice aux activités cliniques, à la création d’entreprises et à l’investissement de capital de risque de grande envergure.

Nous faisons aussi face à des défis en ce qui a trait au soutien et à l’accessibilité pour les patients de la prochaine génération de technologies et de traitements qui peuvent réduire les coûts des soins de santé. Pour ce faire, il nous faut travailler avec un plus large éventail d’intervenant et d’utilisateurs finaux, y compris les prestataires de soins, les assureurs, les organismes de bienfaisance du secteur de la santé et les patients. Nous devons accroître la capacité de fabrication de produits cellulaires normalisés de grade clinique et faciliter un passage efficace des traitements dans le système réglementaire.

Nous sommes à un tournant; grâce à la vigueur scientifique et à l’environnement clinique et réglementaire favorable du Canada, nous sommes à même de faire passer davantage de traitements du laboratoire au chevet des patients. Toutefois, nous devons investir dans notre avenir pour maintenir notre position de chef de file mondial dans le secteur et profiter des retombées sanitaires et économiques qui sont à notre portée. Seulement alors pourrons-nous dire que, oui, la médecine régénératrice est parvenue à maturité.

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