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L’innovation : tout le monde en parle

Le 6 février 2018 – Tout le monde parle d’innovation à Ottawa. Le gouvernement en a d’ailleurs fait son thème principal lors du dernier budget, et il se prépare à investir des milliards de dollars dans des programmes stratégiques axés sur l’innovation. Toutefois, même si l’intelligence artificielle, la réalité améliorée, les véhicules autonomes et d’autres domaines obtiennent la part du lion, nous devons aussi tenir compte des percées révolutionnaires effectuées en science médicale, des percées qui offrent un potentiel extraordinaire et qui peuvent aider ceux qui vivent avec une maladie chronique.

En tant que chercheur, je tiens absolument à féliciter le gouvernement d’avoir remis la science sur la liste des priorités. Notre premier ministre, Justin Trudeau, a nommé un conseiller scientifique, il a réitéré la nécessité de financer la recherche scientifique et il porte fièrement son engagement explicite à l’égard de politiques publiques axées sur la science. Il s’agit là d’étapes nécessaires pour maintenir la santé à long terme de la recherche scientifique au Canada. Toutefois, alors que l’attention des décideurs se tourne vers de nouveaux domaines tendance, d’autres secteurs existants de l’excellence canadienne demeurent dans l’incertitude.

La médecine régénérative est l’un de ces domaines sous-financés, et ce, même si elle a un immense impact sur les gens et la société. Elle utilise les cellules souches pour régénérer ou réparer des cellules, des tissus ou des organes. Elle offre un potentiel extraordinaire pour lutter contre des maladies et troubles de santé qui se traduisent chaque année par des coûts en soins de santé de plus 190 milliards de dollars.

La recherche sur les cellules souches a été créée par deux Canadiens dans les années 60 à l’Université de Toronto. Les cellules souches sont uniques en ce sens qu’elles peuvent se différencier en n’importe quelle cellule humaine. Cette recherche est révolutionnaire et a donné naissance à un tout nouveau domaine : la médecine régénérative. Les Canadiens continuent de contribuer de façon majeure à ce domaine en faisant progresser la science pour qu’elle soit mise en application en clinique.

Aujourd’hui, des traitements à base de cellules souches sont utilisés pour traiter la leucémie, la sclérose en plaques, le diabète et certains cancers. Et ce n’est que le début. On a récemment appris qu’un essai clinique se tenait sur une nouvelle thérapie à base de cellules souches pour le traitement du diabète de type 1. Les recherches découlant de cet essai clinique pourraient changer la façon de gérer le diabète de type 1 de sorte que les diabétiques n’auraient plus à constamment vérifier leur taux de glycémie. Cet essai est appuyé par le Réseau de cellules souches. Sans ce soutien, cette recherche prometteuse serait effectuée à l’extérieur du pays et les Canadiens ne pourraient pas avoir accès à cette technologie d’avant-garde.

Une thérapie expérimentale est actuellement à l’essai à Montréal sur l’utilisation de cellules souches recueillies dans le sang de cordon. En utilisant une molécule spécialisée pour la culture ou la multiplication des cellules souches, un plus grand nombre de personnes qui luttent contre des maladies sanguines comme la leucémie pourront recevoir des greffes de cellules souches sanguines. Un parfait exemple de l’ingéniosité et du talent canadiens mis à l’œuvre et  contribuant au changement.

Il y a deux ans, la science des cellules souches a fait les manchettes lorsque des chercheurs d’Ottawa ont réussi à éradiquer la sclérose en plaques précoce et agressive chez certains patients. La maladie a complètement disparu. Comme l’explique une patiente, elle vivait auparavant dans un centre fournissant des soins de santé, mais elle vit maintenant dans sa propre maison, elle est retournée au travail à temps plein, elle a pu marcher jusqu’à l’autel pour se marier et elle s’est mise à faire du ski. En bref, les percées dans le domaine des cellules souches lui ont offert une nouvelle vie.

Le ministre des Finances Bill Morneau a indiqué que la science serait la priorité du prochain budget et qu’une grande attention serait aussi accordée aux femmes et aux jeunes filles. Lorsqu’on examine le profil des personnes atteintes de sclérose en plaques, on constate que les femmes sont trois fois plus nombreuses que les hommes à souffrir de cette maladie. Étant donné les percées réalisées dans ce domaine grâce à la recherche sur les cellules souches, cette recherche ne convient-elle pas parfaitement aux politiques publiques envisagées?

La santé et les sciences biologiques font partie des priorités du cadre stratégique en innovation du Canada. Bonne nouvelle, mais nous devons parler de financement et écarter les pressions qui suggèrent que le soutien financier ne devrait pas viser des domaines spécifiques de la recherche scientifique. Les enfants d’aujourd’hui verront les soins de santé évoluer de façon dramatique tout au long de leur vie grâce à la recherche sur les cellules souches. Nous ne pouvons pas et nous ne devrions pas relâcher nos efforts.

D’autres administrations gouvernementales ont reconnu l’importance d’investir dans la recherche sur les cellules souches, tant pour l’économie, que pour la santé de la population et les résultats positifs pour les patients. La Californie, le Japon et le Royaume-Uni veulent tous être en tête du peloton dans le domaine qui aura la plus grande incidence sur la santé.

Nos décideurs doivent saisir l’occasion qui leur est offerte d’optimiser l’avantage que nous possédons en tant que pionniers, de maximiser nos intérêts en tant que nation et d’appuyer le leadership du Canada. Un financement stable et à long terme de la recherche sur les cellules souches et la médecine régénérative devrait être le principal élément de preuve de l’engagement du Canada à l’égard de la science.

Le Dr Michael A. Rudnicki, O.C., Ph. D., MSRC, est scientifique en chef et directeur du programme de médecine régénérative à l’Institut de recherche de l’Hôpital d’Ottawa. Il est également professeur au département de médecine de l’Université d’Ottawa, ainsi que directeur scientifique et premier dirigeant du Réseau de cellules souchesmrudnicki@ohri.ca